The marathon

IMG_2750.JPGCe texte écrit le lendemain de mon NYC Marathon et envoyé à quelques amis est le point de départ de l’envie de partager un blog.

Je le publie donc ici comme un starting block.

2:00 du matin, je suis bien réveillée.
Probablement que mon horloge interne est encore à l’heure française ?
Certainement, mais c’est surtout que je suis super excitée, super enthousiaste.
Ça y est, j’y suis dans ce New York de folie que j’adore et c’est le jour du Marathon.
Un an et demi que ce projet me tient à cœur. Courir un marathon, et pas des moindres, le plus grand, celui de New York.
Et bien voilà, j’y suis et ça approche incroyablement.
Je regarde mes affaires prêtes sur le fauteuil. Je checke, rechecke… Le sac vestiaire, les gels, les veilles fringues pour l’attente, les affaires de course… La flipbelt pour emmener mon téléphone, histoire de faire quelques photos.
5:00, je suis fin prête, le petit déjeuner commence. J’avale un bagel et un thé.
6:00, on monte dans le bus qui va nous transporter sur les aires de départ. Manhattan se réveille, partout des marathoniens marchent dans les rues pour aller prendre le métro et le ferry jusqu’à Staton Island, lieu mythique du départ au pied du Verrazano bridge.
7:00 Security Check. C’est pire qu’un aéroport. Ici on ne doit utiliser que les sacs transparents donnés lors du retrait du dossard.
7:30 Nous voilà parqués comme des animaux. C’est drôle, chacun a apporté des vêtements pour lutter contre la fraicheur matinale. On nous distribue des bonnets DD (Donky Donuts) qui sponsorise l’événement en offrant les traditionnels baggels et donuts. Je prends un bonnet, mais je respecte ce qu’on m’a dit, rien de nouveau le jour du marathon surtout pas en matière d’alimentation.
Je me trouve un petit coin dans ma vague (Corail, wave A). Ici rien n’est laissé au hasard et l’organisation semble extrêmement bien rodée. Il y a les habitués, puis les petits nouveaux comme moi. On les reconnaît à leur regard un peu anxieux. Peu de solitaires, beaucoup entre copains ou en couple.
Je m’étale sur mon poncho 20 km de Paris, attifée d’un magnifique Sweat Shirt multicolore que mon fiston n’a jamais voulu mettre. « Ce sera pour les pauvres de New York » m’a t’il dit… Un vieux coupe vent et mon sweat France qui lui ira dans mon sac vestiaire.
J’essaie de me reposer un peu, ne pas faire monter la pression.
Je regarde les gens faire la queue aux toilettes, se reposer, se restaurer. C’est fabuleux toute cette organisation à l’américaine.
De mon poste d’observation contre le grillage, je suis, sans le savoir, à côté des portes qui permettent d’accéder au sas juste avant le départ. Je médite un peu pour me concentrer, ne pas me laisser entrainer par mon naturel enthousiasme et me fatiguer avant l’effort.
Je pense à cette chance que j’ai de réaliser ce rêve, je pense à mes amis, à ma famille, à mes copines du club de Sartrouville à tous ceux qui, pendant des mois, m’ont encouragée, supportée et ont cru en moi.
Certains vont me suivre sur leur smart phone. C’est dingue cette technologie.
Ici je suis seule mais, pas une seconde cela m’a pesé, je me sens tellement entourée par ces gens fabuleux que j’aime, la distance n’a pas d’importance.
Je le courrai ce marathon pour tous ceux qui m’ont accompagnés tout au long de ma vie jusqu’à ce grand défi.
Une dame vient s’asseoir à côté de moi. On se met à discuter. Elle s’appelle Maria, c’est son quatrième New York. Elle m’explique en détails toute l’organisation. Du coup ça me permet de bien comprendre ce qui va se passer après la zone Corail A.
La première vague est appelée. Là, se sont les vrais, ceux qui courent en moins de trois heures. Je les sens concentrés, investis, prêts. Ils sont affutés, habillés léger, ils savent où ils vont.
Ma copine part dans la troisième vague. Il est temps pour moi, de siroter ma boisson d’attente, de m’équiper et d’aller déposer mon vestiaire. Je me suis un peu perdue dans ce grand parc mais les volontaires tous habillés en bleu et jaune nous renseignent volontiers avec le sourire et ce peps américain que j’adore.
Les camions UPS sont rangés en rang d’oignon, je trouve le mien en fonction de ma couleur corail et de mon numéro de dossard 61911.
Je profite pour courir tranquille et rejoindre mon sas, histoire de réveiller un peu mes muscles.
Grâce aux conseils de ma copine Maria (nous avons échangés nos emails et je l’accueillerai volontiers lorsqu’elle viendra courir le mythique Paris dont elle rêve), je me positionne exactement là où il faut et je me retrouve (merci le sas A) carrément devant la quatrième et dernière vague, celle de ceux qui ont prévu de courir en 5 heures.
De grands containers sont disposés pour y mettre les vêtements à donner. C’est incroyable la quantité que ça représente.
Une dame nous explique qu’il faut faire une chaine au premier rang car nous sommes le début de la quatrième vague.
Il est 10:45, notre départ est prévu à 11:00
Et voilà, on nous fait avancer derrière la chaine humaine, nous tous les marathoniens de la quatrième vague. Je n’y crois pas, je vais être juste devant. Quelle chance !
Et nous voici juste sur le START, à quelques mètres le pont, vide.
Hallucinant.
Quelques photos avec l’Iphone. Une italienne me photographie avec une US Army woman.
L’hymne américain retentit. Moment chargé d’émotion.
Je pense à tout ce qui m’a amené à courir ce marathon, à tout ce chemin déjà parcouru, je pense à Maman, à Agnès, à Mimi, à Rimpoché, à Françoise, et à tous les autres, je me dis que j’ai tellement de chance d’être ici et de réaliser mon rêve.
BOUM, le coup de pistolet retentit et nous nous élançons sur le Verrazano Bridge. FABULEUX, la sky line de New York, les hauts parleurs chantent New York, New York et je commence à courir.
Je me dis qu’il y a 42 Km à parcourir et que mon coach chéri me tracke sur son Iphone. Le cardio 140, je vais tenir le cap… C’est l’objectif.
Sortie du pont, et la foule commence là, chaque spectateur donne de ses encouragements, c’est génial. « A little hill, you’ll got it », « You know now why for you trained » « Fabulous Budy, you’ve got it » « Vive la France », je ne pourrais jamais oublier tous ces gens qui nous ont tiré, poussé, encouragé, c’est dingue, c’est beau cette grande famille d’humains qui s’enthousiasment tous ensemble. Comme quoi, ce n’est pas si difficile !
La traversée des 5 quartiers de NY fut incroyable avec son lot de musique, de personnes, de supporters chaque fois singuliers mais néanmoins toujours incroyablement enthousiastes.
En parlant de singularité lorsque l’on quitte Brooklyn avec ses orchestres de jazz, de rock, ses chants Gospels devant les églises, on arrive dans le quartier juif. Là, c’est le calme plat, quelques spectateurs regardent mais pas vraiment de musique, d’encouragements. Ça fait tout drôle… Et puis, on arrive dans le Queen’s et là c’est reparti puissance 10 et ça ne s’arrêtera pas jusqu’à la fin.
Depuis le cinquième kilomètre chaque foulée est un choc qui engendre une terrible douleur dans mon côté droit. Je sais ce que c’est, ces satanés fibromes dont celui de droite gros de 11 cm avec ses adhérences qui empêchent mon tendon et mon muscle de fonctionner normalement. Je comprends que ça va être difficile, très difficile.
Tant pis, j’avance et je me dis que l’important c’est d’aller jusqu’au bout, je vais essayer en tout cas.
J’ai couru tant que j’ai pu, j’ai marché. J’ai lâché en route l’objectif du chrono de mes rêves 4:15. J’ai profité de l’ambiance, j’ai vécu intensément chaque instant de ce marathon, je regardais les gens, j’admirais cet enthousiasme collectif et me disais que les humains sont capables de grandes choses.
Ce marathon a été un combat contre ma douleur, contre cet utérus que les médecins veulent me retirer depuis des années. Je paye ici mon obstination à ne pas les avoir écouté. C’est tout moi, je ne veux pas qu’on mutile mon corps qui a déjà tellement souffert de ce côté là. Je pensais que ça le ferait. Mais non, chaque pas me rappelle par le coup de poignard dans le bas ventre, chaque appui sur la jambe droite provoque une douleur d’une intensité terrible. J’aurais peut-être du écouter les médecins, mais maintenant ce n’est pas le moment de me lamenter, on verra ça plus tard, il faut courir ce marathon dans cet état là, pas le choix.
Dans les quelques moments de découragement que j’ai pu avoir, j’ai croisé des gens qui m’ont donné une leçon et m’ont fait m’accrocher et continuer. Une dame unijambiste qui courait avec une prothèse, un monsieur en fauteuil roulant, une personne qui était totalement désarticulée, des aveugles…
C’est fou, je me disais que ma douleur n’était que temporaire alors que la leur est permanente. Je voyais des gens qui couraient avec des t-shirt « imagine the world without cancer » et chaque fois je pensais à ma maman et à mes amies malades. Je me disais « Vas-y Chris, tu vas y arriver, pour tous ces gens qui souffrent. », je pensais à ceux qui voyaient mes temps s’allonger au fil des kilomètres et qui attendaient que j’arrive au bout de ces 42,195 km, je pensais à ceux qui ne pouvaient plus partager cela avec moi parce qu’ils n’étaient plus là, Pierre, mes grand parents, ma tante, Chantal et tant d’autres.
Je pensais à Pierrot, mon fils, je devais lui montrer que, quand on se donne les moyens dans la vie, on arrive toujours à son but et je me répétais que la souffrance passe et que la fierté reste. Je ne savais plus si la douleur était pire en marchant qu’en courant mais je me disais que chaque pas me rapprochait du but.
Au fil des kilomètres, des miles, je me suis battue contre moi-même, contre mon corps. Je sais que mon mental est ma force, que physiquement je ne suis pas une sportive de haut niveau mais peu importe, je trouve beaucoup de plaisir à faire du sport et à me sentir vivante.
L’entrée dans Central Park, les 5 derniers miles ont été interminables, mais je ne pouvais pas abandonner si près du but. Mon objectif se rapprochait et peu importe le temps, c’est le chemin parcouru qui compte et j’avançais parmi cette foule en délire.
26ème miles, le public toujours incroyablement enthousiaste, la ligne d’arrivée juste là, je commençais à pleurer, je ne savais plus si c’était de joie ou de douleur, mais j’y étais, c’était fabuleux. Ici, il faut lever les bras pour la photo, je sentais les larmes qui coulaient, c’était dingue.
5 heures 23 m’ont été nécessaires pour réaliser ce rêve de courir ce NYC Marathon. Une heure de plus que l’objectif pour lequel j’avais travaillé. J’étais pourtant vraiment prête, bien entrainée, mes jambes m’ont porté, mon cœur n’a pas flanché, mon entrainement a payé, si je n’avais pas eu ce satané fibrome à transporter je pense que mon objectif aurait été atteint. Peu importe, le principal c’est d’avoir passé cette ligne d’arrivée et vécu cette aventure pleinement.
Je ne retiens de ce marathon que du bonheur, celui d’abord de l’avoir terminé, celui ensuite d’avoir encore pris une très belle leçon de vie et d’humanité.
J’ai pensé à Boston et à ces gens qui avaient été happés par la folie humaine dans une aventure similaire.
Après la ligne d’arrivée, un volontaire me passe ma médaille autour du cou en me lançant un merveilleux « congratulations », un autre m’offre une couverture de survie pour me tenir au chaud. Je pleure, c’est fini, je l’ai autour du cou ma médaille de finisher et j’aimerai la cloner pour en offrir une à chacune des personnes qui, au fil de ma vie, m’ont aidé à être ce que je suis aujourd’hui.
En marchant pour aller récupérer mon vestiaire, quelques coups de fil, mon chéri, mon fiston, mes parents. Entendre leur voix, partager ce moment avec eux a été formidable. Encore une volontaire formidable qui, comprenant ma douleur, m’a aidé à me changer avec une gentillesse et une attention rare.
Le retour à l’hôtel a été terrible, la douleur était telle qu’il m’a fallu près de deux heures pour rentrer en métro.
Je me suis jetée sur mon lit, j’ai avalé un anti-inflamatoire et un doliprane 1000 en regardant le golf à la TV. Une heure plus tard, j’ai pu prendre ma douche, aller manger un énorme hamburger et mettre un petit post pour mes amis sur FB. Rebellotte à deux heures du matin. Impossible de poser le pied droit par terre. Un shoot anti-douleur, anti-inflammatoire et j’ai pu terminer ma nuit. Un autre à 8 :00ce matin pour aller prendre un petit déjeuner traditionnel.
Ce matin quelques emplettes. Ici, la tradition veut qu’on garde sa médaille autour du cou. C’est fabuleux, on se fait féliciter à tous les coins de rue, dans tous les magasins… Là encore, grande leçon, les américains nous félicitent mais ne nous demandent jamais en combien de temps nous avons couru, ils saluent simplement le fait de l’avoir fait. « well done » disent-ils admiratifs. C’est sympa.
Maintenant, je suis sur le chemin du retour, la tête pleine de souvenirs et le corps bourré d’anti douleurs, bien résolue cette fois-ci à me séparer de mon utérus et de ses pénibles fibromes.
Je reviendrai courir ce marathon, peut-être je serai accompagnée de quelqu’un qui m’estime ? J’y crois, en tout cas aujourd’hui, c’est tellement bon tout ça… Tellement humain.
Je partage avec vous mes premières impressions de cette aventure marathonienne qui est, pour moi, hautement symbolique.
Le phénix commence à renaitre de ses cendres, avec l’immense bonheur d’avoir partagé mon rêve avec vous tous.
Un grand merci pour votre amour, votre présence sans laquelle cette aventure n’aurait pas été possible.

NYC 2 novembre 2015

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Un commentaire

  1. anita v · janvier 30

    dis donc Chris, ton histoire m a donne la chair de poule !
    ravie d avoir pu t ecouter ce matin
    effectivement, well done 🏆🗽🏃‍♀️

    Aimé par 1 personne

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