Putting my Life in boxes

« Je suis convaincu que, si nous voulons résister à la pression mortelle de la société de masse et lui faire contrepoids, notre œuvre doit être imprégnée de notre personnalité.D’une façon générale, le choix d’un travail ne devrait pas être dû à la commodité, au hasard, à l’opportunité, mais résulter de la conception que nous avons de notre épanouissement individuel dans le monde actuel, afin que le produit de notre activité, tout en étant objectivement utile, exprime également notre idéal personnel. »

Bruno Bettelheim, le cœur conscient, livre de poche 1er trim 1077, p.28

Citation oubliée puis retrouvée ce matin, dans « carnet de citations », au fond d’un tiroir…
C’est drôle, lorsque l’on met sa vie en cartons, de retomber sur de vieux cahiers, sur de petits objets oubliés et pourtant tellement chargés d’une certaine histoire qui nous revient en mémoire à leur simple vue.  

Mettre sa vie en cartons c’est aussi mettre de l’ordre dans ses souvenirs, dans ses désirs, dans ses relations. 

Une photo, un bibelot, une carte postale, dont nous avions oublié l’existence réapparaît, et avec, c’est un bond de trente, de vingt, de dix ans en arrière. 
« Elle, n’est plus là ! » « Tiens, qu’est-il devenu ? » « C’était sympa ces vacances ! », « whouah nous étions jeunes ? », « il était trop mignon petit ! » Etc.
Cette plongée au cœur des souvenirs interpelle, réveille des émotions, des sensations. Elle nous rappelle que nous sommes vivants, construits par une somme de sentiments, d’événements… Elle questionne : »au fond, que faut-il garder ? Que faudrait-il jeter ? Pourquoi ? »  

Faut-il avoir peur d’oublier ? Que faut-il oublier ? 

Faut-il conserver ? Que faut-il conserver ? Et pourquoi conserver ? 

Est-il bon de réactiver les souvenirs ? Eux qui appartiennent au passé, notre passé, celui auquel nous ne pourrons rien changer quoi qu’il arrive… 

Ce regard si vivant sur les photos de nos morts… L’enfant devenu grand, l’être aimé perdu de vue, les fêtes, les spectacles, les écrits… 

Tous ces kilos de papier ! Des kilos entiers mis en cartons au rayon des souvenirs !

Que faut-il garder ?

Une vraie question que ce poids du passé. Notre mémoire, est-elle dépendante des objets qui nous entourent ? 

Peut-être effectivement en partie oui. Les objets réactivent la pensée de moments parfois oubliés. 

Cette plongée dans mon passé, le choix de garder, le choix de donner, le choix de jeter, me donne le choix de mon avenir.
Quoi qu’il arrive nous irons tous au même endroit, celui là même où nous n’aurons plus besoin de rien que de notre paix intérieure. 

En attendant, ici bas nous cherchons tous Le bonheur. Pas le bonheur furtif de posséder des objets, mais le bonheur profond d’être en paix avec nous même, et donc avec les autres. 

En mettant ma vie en carton, je fais le choix de ne garder que les souvenirs des jours heureux. Je jette la souffrance au feu. Son expérience a contribué à créer qui je suis aujourd’hui. En revanche, les plaies refermées n’aiment pas être réouvertes ! J’aime les cicatrices de mon cœur parce qu’elles m’ont probablement rendue meilleure. 
Une vie, ma vie, est enfermée dans une cinquantaine de cartons. 

C’est drôle, un carton par an ! Plus une quinzaine pour mon fils de 17 ans, (mais il n’a pas terminé d’emballer !)

Et si, demain il y avait le feu dans mon garage ? 

Il ne resterait probablement des souvenirs tangibles de ma vie qu’un tas de cendres ! 
L’être que je suis devenu aujourd’hui, grâce à ce temps qui m’a forgé, grace à ces expériences qui m’ont sculptée, continuera d’exister et d’évoluer. 

Il remplira peut-être de nouveaux cartons de sa vie future qui deviendra passée… 

Cependant, au présent, il importe de ranger, trier, nettoyer pour, dans quelques semaines commencer à écrire sur une nouvelle page blanche.

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