Berlin Marathon « la souffrance passe, la fierté reste »

Lorsqu’en novembre dernier le tirage au sort nous a désigné pour participer au Marathon de Berlin, je n’avais pas idée de la tournure nouvelle que la vie m’offrirait d’ici là.

Un Marathon s’avère un long chemin, surtout la préparation qui dure généralement une douzaine de semaines. Celui de Berlin fin septembre semblait idéal pour le préparer en été. Donc, c’est parti… billets d’avion, Airbnb…

Décidée à faire tout au plus près des instructions de mes coachs préfères, l’intention était là.

L’objectif 4:30 paraissait réaliste pour la tortue que je suis. Il fallait travailler la VMA et avaler quelques dizaines de kilomètres par semaine.  Tranquille pendant 5 semaines de vacances, cependant, c’était sans compter sur les aléas (qui s’avèrent in fine des cadeaux) qui m’ont été offert par la vie. Pas de réelles vacances mais un été plutôt original entre travaux, cartons, déménagement, pilotage de camions et manutention.  Exit le plan d’entraînement de rêve avec footing en bord de mer, VMA dans les montagnes etc…

La préparation fut, vous l’aviez compris, un peu chaotique, avec en plus quelques petits bobos par ci par là, comme un mollet capricieux et trop souvent douloureux. Néanmoins, à force de charrier des matériaux, et de transbahuter des cartons, des meubles, des gravats etc, j’ai pas mal travaillé les bras qui sont d’excellents alliés pour les coureurs.

Berlin représente, pour moi, une ville symbolique tant au niveau historique qu’artistique. La traverser en courant s’avérait une forme de quête initiatique.

La souffrance, parfois encore inscrite sur les murs, la douleur des familles séparées, des enfants enlevés à leurs parents, des persécutions, des viols… Berlin est une ville de mémoire. La porte de Brandebourg,  la place de la victoire, les églises, les synagogues, le Tiergarten, le Zoo, tout est très chargé.

À New York, il y a deux ans,  j’ai couru mon premier Marathon. Il fut celui d’un nouveau départ, celui de ma reconstruction, de ma guérison, la renaissance de ma confiance en la vie et en mes capacités d’avancer et d’aimer. Le Marathon de Berlin pourrait être celui qui marque un réel retour à la vie, l’acceptation qu’être deux à avancer vers un objectif commun existe, s’avère plaisant, rendplus fort et que la vie nous envoie toujours des cadeaux qui nous font grandir meme dans les épreuves.

Le fait que mon entraînement fut relativement incomplet m’a obligé de lâcher sur mes exigences personnelles et mon objectif de chrono. J’ai dû accepter et renoncer pour aiguiser ma volonté de participer simplement pour terminer en bon état et en me faisant plaisir. L’expérience magnifique mais néanmoins extrêmement douloureuse de New York restera gravée en moi. J’ai mûri, compris beaucoup de choses dans l’année qui a suivi, l’arrêt obligé de la course, une reprise difficile ont été riches d’enseignements.  Ces travaux pratiques que la vie m’a offert m’ont appris que rien ici bas (surtout pas une course) ne justifiait de mettre ma santé en péril. J’ai donc abordé Berlin sereine avec la volonté de me faire plaisir et de vivre pleinement ce Marathon comme un cadeau du ciel.

Berlin est connu pour son ambiance chaleureuse, son Marathon est un des plus roulant du monde car la ville est très plate.

Le départ de ma vague (il s’agit d’une vague humaine composée d’individus censés courir à des vitesses similaires. Vague 2:00, vague 2:30, etc…) est prévu à 10:00, j’accompagne mon chéri qui doit partir une demie heure avant moi (normal il court plus vite que moi). Quelques copains de son club sont là aussi. Avec certains qui avaient un départ dans la même vague que moi nous avions décidé de nous attendre à Potzdamer Platz.

Dans le métro nous rencontrons Monique et son papa. Monique semble avoir une petite soixantaine et son papa approcher les 80 ans. Nous discutons et ils nous expliquent courir le Marathon ensemble depuis 17 ans. Leur duo me touche et je les invite chez moi à Paris pour courir le Marathon. Rencontre très sympathique qui d’ailleurs nous a épargné de prendre le UBahn (métro) dans le mauvais sens…

Potzdamer Platz, mon chéri retrouve une copine de son club et file pour rejoindre son départ. Je les aurais bien suivi mais il me faut attendre les autres. Je poireaute en regardant passer des hordes de coureurs et de supporters. J’apprends que finalement ils sont déjà en route et ont oublié notre rendez-vous. Sympas les copains du club de mon chéri !

Une bonne demie heure de marche à travers le Tiergarten, poumon de Berlin pour rejoindre le départ. Je fais un bout de chemin avec deux indonésiens adorables étonnés de la beauté des arbres. Je leur explique l’histoire de ce bois au milieu de Berlin.

Lorsque j’arrive aux abords du Départ, celui des élites vient d’être sifflé et je vois passer ces coureurs magnifiques, aux jambes longues, qui commencent tranquilles à une petite vitesse d’environ 18/20 km/h. Extraordinaires foulées d’une légèreté inouïe.

Magnifique moment, magnifiques athlètes dont la vue me rappelle qu’un métissage germano-italien s’avère morphologiquement plus massif qu’un kenyan ou éthiopien.

Arrêt technique, ici les WC sont roses bonbon on ne peut pas les louper ! J’adore. Une petite pensée pour une vieille chanson d’enfant intitulée « Klopapier » (mes cousins comprendront).

Les vagues se suivent ininterrompues, je me glisse dans la G (alors que mon départ est H) grattant ainsi de précieuses minutes d’attente, espérant aussi apercevoir mon chéri et la copine qui partent dans celle-ci.

La vague avance et je commence à trottiner me disant que partir une demie heure plus tôt ne peut être que positif car si j’arrive à être raisonnable et à ne pas me laisser entraîner par le flux euphorisant des coureurs, je serai plus tôt à l’arrivée, donc moins mouillée. Ah, j’avais oublié de préciser qu’il pleut.

Et là, mon chéri et sa copine Géraldine me rejoignent comme par magie. C’est fort de nous retrouver parmi 50.000 coureurs quelques mètres  après la ligne de départ. Petit moment d’échange, un petit bisou, un selfie, puis, je les laisse avancer à leur rythme plus soutenu que le mien pour rester à mon 6 minutes par km. Mon objectif, arriver au bout de ce Marathon, en bon état. Je sais que je dois être raisonnable. Ne pas me laisser gagner par l’euphorie du départ, ne pas vouloir battre de record, ne pas forcer… cela impose beaucoup de « ne pas » pour les prochaines heures.

Courir est, pour moi, avant tout, un plaisir. Il y a tout juste quatre ans je courais ma première course. « La Parisienne » une petite course de 7 km dans Paris. Depuis, j’ai usé quelques paires de running, parcouru pas mal de kilomètres et progressé à mon rythme avec mes modestes capacités.

Dans cette grisaille berlinoise mon objectif devient clair : tenter de courir ces 42,195 kilomètres en pleine conscience.

Observer ce qui se passe, observer ce que mon corps me dit, observer mon esprit, sentir les odeurs, écouter les bruits, respirer l’air berlinois en surfant sur mes pensées et mes sensations. Être là où je suis à chaque instant.

Cette expérience fut extrêmement plaisante jusqu’au 28eme kilomètre. Les longues avenues berlinoises sont propices à un pilotage automatique du corps. Mais, au 28eme kilomètre mon dos commence à m’envoyer une douleur jusqu’alors inconnue de mon corps. À l’écoute, je prends cela comme un signal. Étant passée dans un temps correct au semi (21 km) , je caressait déjà la possibilité d’arriver  dans un objectif temps d’une heure de moins que New York (on ne se refait pas !).

Premier renoncement donc : si je marche 4:30 cela ne le fera pas… tant pis, plaisir et santé avant tout.

Je mange un peu, bois pas mal et marche. Sur le côté je vois une jolie visière abandonnée sur le sol. Je me baisse pour la ramasser (que la terre est basse à Berlin !). Il y a écrit dessus « born to swim bike run » cela me fait beaucoup rire (venant de me mettre au triathlon), je prends cela comme un signe et la ramasse. Je papote avec une française qui semble avoir aussi un bon coup de mou puis l’encourage à repartir ensemble. Là c’est dur, le dos que j’avais un peu oublié me rappelle à l’ordre. Bon, il va falloir gérer… et la pluie revient… la sentir qui ruisselle sur mon visage en tentant de rester dans la sensation de chaque goutte m’occupe un moment.

Mes pensées oscillent entre euphorie, douleur et la réelle joie d’être là, de courir. Je pense à tous ceux qui ne peuvent pas ou plus le faire. Je me mets à compter mes morts. Drôle d’idée en y repensant aujourd’hui, mais le Marathon plonge l’individu dans des états de conscience insoupçonnés. Combien d’êtres chers ont quitté cette vie trop tôt ? Mon Pépé parti quand j’avais 6 ans, Nathalie notre copine d’école, morte d’un cancer à 14 ans, Pierre,… la lucidité semble un peu m’abandonner, je n’arrive pas à compter tous mes morts… la dernière, Mimi, mon amie de plus de 30 ans, partie il y a quelques mois occupe mes pensées une bonne partie de mon parcours. Je l’entends parfois qui me souffle « Allez Titine » (elle était la seule à avoir ce privilège de m’affubler de ce surnom ridicule) et ça me fait sourire. Le Marathon modifie l’état naturel de conscience, quelques bizarreries me traversent l’esprit…

Le fil de mes pensées s’interrompt parfois pour discuter quelques kilomètres avec d’autres coureurs.

De quoi parle  t’on pendant un Marathon ? Et bien de courses et de marathons la plupart du temps. Par exemple je suis en train de courir en papotant avec un homme sympathique qui me parle du Marathon de Rome. Extraordinaire, ce Marathon, fait passer les coureurs par tous les sites historiques de la ville… et me voilà le Marathon de Berlin encore in process, trottinant sous la pluie, rêvant déjà de courir le marathon de Rome, m’imaginant arrivant au Colisée….

Je rappelle mon esprit à l’ordre : pas de passé, pas de futur, juste le moment présent ! Non mais ! Regarde où tu es Chris ! Marathon de Berlin ! c’est merveilleux d’être ici, maintenant, dans cet instant unique, dans cette ville qui a tant souffert et qui semble, tout en ayant gardé trace de la souffrance, l’avoir transcendée en énergie positive. Les familles nous encouragent, les musiciens donnent un maximum pour chauffer l’ambiance et la pluie n’arrête pas le public. Cours Chris, chaque foulée te rapproche de l’arrivée.

38eme km encore un gros coup de mou, la douleur dans mon dos s’accentue et un tiraillement douloureux apparait dans mon côté gauche (ce dernier me rappelle New York !). Je marche un peu, me sentant proche de l’arrivée dont j’entends la clameur au loin. Je dois récupérer un peu pour apprécier ces dernières lignes droites. Je mange mes trois dernières dattes, bois un peu de ma mixure (citron, miel, sel, un goutte d’huile essentielle de menthe, thé vert et eau) et me dis que le plus dur est derrière moi. Je repars, aie aie aie, c’est dur… mais ça passe, la foulée revient.

Bientôt, après deux interminables lignes droites, j’aperçois la porte de Brandenburg, je pense à la chute du mur, me remémore y avoir assisté sur mon petit écran noir et blanc rue des Récollets avec Bruno. L’Allemagne, la patrie de mes ancêtres, toutes ces horreurs ici et ailleurs, tous ces gens qui ont souffert… Ce peuple qui semble devenu si fort et moi je me plains parce que j’ai une petite douleur dans le dos alors que je suis libre, que je cours un Marathon, (un deuxième Marathon même), je suis en bonne santé, je peux vivre.

Je pense à ma petite maman, à mon papa qui la soigne avec tellement d’amour, à cette chance d’avoir une famille, des amis, un chéri qui sera à l’arrivée, je m’encourage, c’est bientôt la fin.  Vas y Chris, dernière ligne droite et à l’arrivée il y aura un poncho bien chaud, un t-shirt sec, une médaille, et une bière… vas  y Chris accélère, cours pour tous ces gens que tu aimes et qui ne peuvent pas courir. Le Marathon est comme la vie, des hauts, des bas, des moments d’euphorie, de découragement, des relances, des rencontres, des pensées bizarres. C’est un parcours, un chemin initiatique.

Le Marathon oblige chacun à pousser son corps et son esprit au delà des limites quotidiennes. L’arrivée est un mélange  d’émotions mêlées (mixed feelings disent les américains). C’est vraiment fort. J’entends mon nom au hauts parleurs, la clameur du public qui applaudit tous ces coureurs qui arrivent épuisés mais si heureux.

À l’arrivée de ces 42,195 km. La joie, la fierté, la souffrance, et surtout la satisfaction d’avoir couru ce Marathon d’un bout à l’autre et d’être là heureuse, appréciant l’effort accompli.

J’attrappe mon portable et téléphone à mes parents pour leur offrir ma course. Entendre ma petite maman me tire presque les larmes. Je suis si heureuse de lui dédier ma victoire.

4:54:04, c’est une demie heure de moins que le NYC Marathon. Le contexte est différent, je suis fière de moi.

Second Marathon bouclé, je retrouve mon chéri qui lui a couru presque une heure de moins que moi. Il est aussi content de sa course lui qui, 48 heures avant était malade au fond de son lit.

Le Reichstag trône derrière nous sous la grisaille, la pelouse est parsemée de plastiques bleus et gris (les panchots qui couvrent les coureurs à l’arrivée). C’est vraiment un beau et bon moment de partage cette arrivée.

Je repense à une inscription lue sur le t-shirt d’un marathonien : « la souffrance passe, la fierté reste ». C’est exactement ça le Marathon, c’est comme la vie !

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Putting my Life in boxes

« Je suis convaincu que, si nous voulons résister à la pression mortelle de la société de masse et lui faire contrepoids, notre œuvre doit être imprégnée de notre personnalité.D’une façon générale, le choix d’un travail ne devrait pas être dû à la commodité, au hasard, à l’opportunité, mais résulter de la conception que nous avons de notre épanouissement individuel dans le monde actuel, afin que le produit de notre activité, tout en étant objectivement utile, exprime également notre idéal personnel. »

Bruno Bettelheim, le cœur conscient, livre de poche 1er trim 1077, p.28

Citation oubliée puis retrouvée ce matin, dans « carnet de citations », au fond d’un tiroir…
C’est drôle, lorsque l’on met sa vie en cartons, de retomber sur de vieux cahiers, sur de petits objets oubliés et pourtant tellement chargés d’une certaine histoire qui nous revient en mémoire à leur simple vue.  

Mettre sa vie en cartons c’est aussi mettre de l’ordre dans ses souvenirs, dans ses désirs, dans ses relations. 

Une photo, un bibelot, une carte postale, dont nous avions oublié l’existence réapparaît, et avec, c’est un bond de trente, de vingt, de dix ans en arrière. 
« Elle, n’est plus là ! » « Tiens, qu’est-il devenu ? » « C’était sympa ces vacances ! », « whouah nous étions jeunes ? », « il était trop mignon petit ! » Etc.
Cette plongée au cœur des souvenirs interpelle, réveille des émotions, des sensations. Elle nous rappelle que nous sommes vivants, construits par une somme de sentiments, d’événements… Elle questionne : »au fond, que faut-il garder ? Que faudrait-il jeter ? Pourquoi ? »  

Faut-il avoir peur d’oublier ? Que faut-il oublier ? 

Faut-il conserver ? Que faut-il conserver ? Et pourquoi conserver ? 

Est-il bon de réactiver les souvenirs ? Eux qui appartiennent au passé, notre passé, celui auquel nous ne pourrons rien changer quoi qu’il arrive… 

Ce regard si vivant sur les photos de nos morts… L’enfant devenu grand, l’être aimé perdu de vue, les fêtes, les spectacles, les écrits… 

Tous ces kilos de papier ! Des kilos entiers mis en cartons au rayon des souvenirs !

Que faut-il garder ?

Une vraie question que ce poids du passé. Notre mémoire, est-elle dépendante des objets qui nous entourent ? 

Peut-être effectivement en partie oui. Les objets réactivent la pensée de moments parfois oubliés. 

Cette plongée dans mon passé, le choix de garder, le choix de donner, le choix de jeter, me donne le choix de mon avenir.
Quoi qu’il arrive nous irons tous au même endroit, celui là même où nous n’aurons plus besoin de rien que de notre paix intérieure. 

En attendant, ici bas nous cherchons tous Le bonheur. Pas le bonheur furtif de posséder des objets, mais le bonheur profond d’être en paix avec nous même, et donc avec les autres. 

En mettant ma vie en carton, je fais le choix de ne garder que les souvenirs des jours heureux. Je jette la souffrance au feu. Son expérience a contribué à créer qui je suis aujourd’hui. En revanche, les plaies refermées n’aiment pas être réouvertes ! J’aime les cicatrices de mon cœur parce qu’elles m’ont probablement rendue meilleure. 
Une vie, ma vie, est enfermée dans une cinquantaine de cartons. 

C’est drôle, un carton par an ! Plus une quinzaine pour mon fils de 17 ans, (mais il n’a pas terminé d’emballer !)

Et si, demain il y avait le feu dans mon garage ? 

Il ne resterait probablement des souvenirs tangibles de ma vie qu’un tas de cendres ! 
L’être que je suis devenu aujourd’hui, grâce à ce temps qui m’a forgé, grace à ces expériences qui m’ont sculptée, continuera d’exister et d’évoluer. 

Il remplira peut-être de nouveaux cartons de sa vie future qui deviendra passée… 

Cependant, au présent, il importe de ranger, trier, nettoyer pour, dans quelques semaines commencer à écrire sur une nouvelle page blanche.

La Traversée de la nuit

Lorsqu’il y a quelques années nous avons monté ce spectacle avec mon complice de scène Alain Bonardi, ce fut une aventure extraordinaire.

Le parti pris de mise en scène était d’interpréter la mémoire du personnage, qui avait raconté 40 ans plus tard son expérience de déportation, avec un système scénique capable d’apprendre et de restituer les émotions de la comédienne  générées au travers de sa voix.

J’ai toujours été fascinée par cette femme exceptionnelle qu’était Geneviève De Gaulle Anthonioz. La résistance, la déportation, ATD quart monde, ses interventions brillantes devant les injustices de la vie, sa classe, son engagement, un magnifique être humain altruiste et résilient. Un modèle pour nous tous.

Les moyens technologiques de l’époque nous avaient permis d’obtenir un magnifique objet scénique qui, malgré le peu de représentations, nous avait récompensé par de véritables moments forts dans l’aboutissement du travail collectif de cette équipe fabuleuse réunie.

Je me souviens de cette représentation scolaire où des jeunes de lycées des alentours ont assisté au spectacle qui était suivi d’un débat avec des anciens déportés. Un échange riche et chargé de beaucoup de belles choses. Un moment hors du temps où nous pouvons nous dire : « whouah, c’est pour cela que nous faisons notre métier! »

Jacqueline d’Alincourt, qui était la sœur de captivité de Geneviève De Gaulle à Ravensbruck, après la représentation, nous avait serré dans ses bras nous félicitant, les larmes aux yeux, d’avoir fait ce travail de mémoire et d’avoir représenté ce texte magnifique de son amie assez récemment disparue.

Ce spectacle m’a transporté dans des niveaux émotionnels rares et, chaque fois que j’en parle, je ressens la force de ce texte comme un véritable sens de ma vie en tant qu’artiste.

Oui, le sens de ma vie est là, exprimer sur une scène ce que l’Homme a de pire comme de meilleur et de le partager avec d’autres humains. Peut-être suis-je investie d’une mission ? En tout cas, là où je suis je ne me sens pas à ma place. Le monde devient fou et l’actualité fait de plus en plus écho à cette histoire encore trop proche dont chacun de nous est empreint.

Ces derniers temps, ma vie est teintée par une forme de violence récurrente qui me devient de plus en plus insupportable tant au niveau physique que psychologique. Le quotidien pathétique fait écho à bien des choses et je réalise que mon mal être et une de mes plus plus grande frustration trouvent une source dans le fait de ne plus pouvoir exprimer mes convictions profondes en les offrant à autrui sous forme d’art.

Cette sensation de mourir à petit feu un peu plus chaque jour, de subir la violence de ce monde sans pouvoir crier que la paix, la non violence, le pardon, l’altruisme, et l’Amour sont les chemins des Humains que les artistes doivent promouvoir, dénonçant les injustices et les aberrations de cette société mutante. Si nous nous taisons tous le monde deviendra bientôt muet.

Être en dehors de cette réelle expression de la vie me pèse de plus en plus car, le temps, la place, les moyens me manquent. Peut-être que cela s’avère un faux prétexte et qu’aujourd’hui je souhaite essayer de retrouver les autres, les humains, les vrais au travers de mon art pour vivre pleinement.

« La dimension du temps sculpte les souvenirs et les restitue lorsque la résilience atteint son paroxysme, que l’être humain se sent prêt de transmettre à ses semblables ce qui lui reste d’un traumatisme.  » ai-je écrit dans mes notes de mise en scène.

Peut-être ne suis-je pas prête à me laisser mourir de me taire et de subir en silence la violence de ce monde auquel il me semble ne plus vraiment appartenir ?

Nous avons les principales ressources nécessaires pour démarrer un nouveau et beau projet : l’envie, l’enthousiasme et quelques personnes motivées pour participer à ce nouveau spectacle intermédia, interactif avec un nouveau collectif d’artistes qui œuvrent ensemble dans ce même sens de l’art comme une nécessité. Ne sommes-nous pas une sorte d’ouvriers de la paix et de la non violence qui dénoncent l’horreur et l’injustice de croyances qui disséminent l’espèce humaine, ses ressources, son monde etc ?

Les nouveaux médias, les nouvelles technologies présentent d’extraordinaires opportunités de rencontres, d’échanges et de ressources. Peut-être certains d’entre vous se sentent ils aussi dans une motivation similaire ? Peut-être des idées novatrices emmergeantes, des collaborations internationales, des opportunités collaboratives que vous avez envie de partager vous traversent l’esprit ? Faites le nous savoir, toute idée, collaboration dans cet esprit collectif au service de ce magnifique texte de Geneviève De Gaulle Anthonioz, La Traversée de la nuit seront les bienvenues.

Références : http://www.alainbonardi.net/

http://www.babelio.com/livres/Gaulle-Anthonioz-La-traversee-de-la-nuit/12381

Un éternel recommencement 

Le temps, les minutes, les jours sont une invention de l’homme. Passer dans une nouvelle année ne s’avère en fait qu’une illusion comme la plupart des choses sur cette terre.

L’heure est pourtant au bilan de ce temps passé nommé année 2016. Pour moi, elle a été riche d’enseignements, de joies, de bonheurs. Les souffrances, les déceptions, les trahisons je les nomme expériences ou travaux pratiques.

Il serait exhaustif de citer ici tous ces instants qui ont composé cette année et qui ont généré quelques micros changements, quelques petites avancées sur ce chemin sinueux du bonheur. Les émotions, les sentiments sont le carburant de la vie, les apprécier pleinement, les accueillir vraiment, admettre ses faiblesses pour en faire ses forces voilà une jolie leçon qui m’a été offerte.

J’écris moins, j’agis plus, je stresse moins, je médite plus, je grossis moins, je cours plus, je râle moins, je patiente plus, je m’obstine moins, je renonce plus facilement…

Ma famille et mes amis sont mes trésors, je fais le vœu pour cette année qui commence de les voir plus, de les serrer souvent dans mes bras et de réussir à leur dire que je les aime (à défaut je l’écris pour ceux qui lisent 😉).

Cette année j’ai appris que l’amour se construit, qu’il n’est que le reflet de comment chacun souhaite le vivre et que le vrai partage arrive lorsque nous admettons qui nous sommes. Les bleus, les cicatrices de la vie, guérissent peu à peu grace au respect de notre être. Il semble impossible de ne plus avoir peur, cependant apprendre à exprimer ses peurs permet de mieux les comprendre et surtout que les autres vous comprennent mieux.

« Je suis comme je suis… » écrivait Jacques Prévert, j’ai appris que je suis qui je suis, et que j’ai beaucoup de chance d’être ainsi aussi imparfaite. Chaque jour, je choisis, je grandis, j’apprends, je comprends et je m’applique à devenir meilleure.

Le temps ne serait-il finalement qu’un chemin parcouru propre à chaque individu, son découpage ne servirait peut-être qu’à placer un curseur commun ?

Ce blog est passé un peu en sommeil, d’abord parce que mon besoin d’écrire est peut-être moins pressant, aussi parce que je ne prends pas le temps de m’en occuper réellement car sa finalité s’avère encore obscure, et parce que finalement peu de personnes le lisent, réagissent, s’y intéressent. Mon ego aurait besoin de public pour mettre en œuvre la motivation ? Certainement !

La vie actuelle est ainsi, la communication excessive tue la communication réelle.

Alors, cette année, je vais essayer de me déconnecter pour mieux me reconnecter. Entendre, voir, écouter, écrire des cartes postales ou des lettres, dîner ou déjeuner plutôt que de « textoter » , « facebooker », « mailer » et m’enfermer dans une représentation technologique d’un « moi » idéal qui s’éloigne peu à peu de mon être. Me rapprocher des êtres que j’aime, les regarder, les câliner, échanger de la chaleur, de l’amitié et du bonheur.

À tous mes lecteurs, je souhaite une belle année riche d’instants en pleine conscience, de paix intérieure, de grands et de petits bonheurs et de jolies découvertes.

 

 

Love

I’m sharing this text about love from Jalāl ad-Dīn Muhammad Balkhī and in the West simply as Rumi, he was born on September 30, 1207 C. E. in Balkh Province, Afghanistan.

When Love comes suddenly and taps
on your window, run and let it in but first
shut the door of your reason.
Even the smallest hint chases love away
like smoke that drowns the freshness
of the morning breeze.
To reason Love can only say,
the way is barred, you can’t pass through
but to the lover it offers a hundred blessings.
Before the mind decides to take a step
Love has reached the seventh heaven.
Before the mind can figure how
Love has climbed the Holy Mountain.
I must stop this talk now and let
Love speak from its nest of silence.

Rumi

Friends I love you

Un jour un fils annonce à son père qu’il va se marier. Il lui donne la liste de ses amis à inviter à son mariage. Le jour J arrive et le futur marié interroge son père : « Père, je vous ai donné une liste de 50 amis et il n’y en a que 7 présents. Où sont les autres ? Vous ne les avez pas invité ? ». Le père répond alors : « J’ai contacté toutes les personnes qui étaient sur ta liste en leur disant que tu aurais besoin de leur soutien aujourd’hui, à cette heure-ci, ici, parce que tu allais faire quelque chose de grave qui risquait de changer le cours de ta vie. Donc, tous tes amis sont là, la noce peut commencer mon fils. »

J’aime beaucoup cette petite histoire parce qu’elle nous rappelle effectivement que les vrais amis sont ceux qui sont là lorsque tu as besoin d’eux. Ils sont juste là.  Bizarrement ce ne sont pas toujours ceux que tu attends. La vie va et vient, de plus en plus vite, de plus en plus connectée et, finalement, cela ne modifie pas les vraies amitiés. En revanche la tendance à entretenir des amitiés virtuelles augmente. Ne serait-ce pas une sorte de miroir aux alouettes ?

Facebook, est un très bel exemple. Une de mes dernière expérience m’a fait mesurer la limite de ces liens d’amitié virtuels, de l’attente aussi que nous pouvons avoir de ces connexions impersonnelles. Lorsque quelqu’un donne de lui en postant des informations importantes qui nécessitent une certaine mobilisation de ses « amis » pour une cause humanitaire par exemple, lorsqu’il souhaite partager avec ses amis ses valeurs et sa mobilisation pour les autres… Et bien, très vite, la réalité de l’indifférence saute à la figure. Peu de gens réagissent !

Et puis parfois, une information un peu anecdotique déclenche un torrent de like, de commentaires ! Et puis, en fait ça dépend aussi de qui est en ligne au moment ou l’on publie.

Cela a été une vraie leçon et une vraie question qui me pousse, en ce moment, à m’interroger sur la pérennité de ma page Facebook.

Effectivement, maintenant mes « amis » consultent Facebook sur leur smartphone, les informations sont diluées dans d’autres informations. Elles sont regardées d’un œil parce que le temps manque ou qu’il faut passer le temps des transports ou d’une éventuelle attente. Finalement peu de gens se rendent compte qu’un ami a besoin d’eux et peu prennent ne serait-ce que le temps de cliquer sur un like pour montrer qu’ils ont pris connaissance de cette information et qu’ils la trouvent importante. Beaucoup zappent et, des ceux côtés de l’écran, l’indifférence crée de la distance.

Facebook et les autres réseaux sociaux sont des vitrines d’un « je vais bien et je le montre aux autres ! ». C’est génial, je cours, je golfe, je mange, je philosophe, bref, je m’éclate, ma vie est un fun perpétuel ! Cet affichage de photos avec le sourire, de post positifs, de citations philosophiques rassure « les amis » qui pensent que tout va bien madame la Marquise. Notre égo est aussi flatté car l’image projetée s’avère conforme aux désidératas de ce monde idéal dans lequel nous ne vivons pas mais que nous nous créons chaque jour.

Et bien non, tout ne va pas bien, je vous rassure, chacun reste humain et l’amitié, la vraie, celle de ceux qui savent être là quand un ami est dans le besoin ou lorsqu’il s’agit de partager une vraie joie n’est pas morte.

J’ai cette chance d’avoir de vrais et merveilleux amis (beaucoup d’ailleurs sont abonnés à mes posts et je les remercie car leur présence, leur regard sont importants pour moi). Certains ont su me montrer un réel soutien, surtout ces deux dernières années, qui ont été parmi les plus difficiles de ma courte vie. Les intimes, ceux qui s’intéressent vraiment, savent qu’en ce moment certaines parties de cette vie s’avèrent délicates à traverser mais que leur présence bienveillante est vraiment appréciée.

Ceux qui soutiennent les causes qui me tiennent à cœur, m’encouragent et participent aussi à améliorer le quotidien d’autres personnes. C’est fabuleux tout ça, ça fait chaud au cœur parce qu’au fond peut-être nous sentons nous moins seul. (d’ailleurs vous pouvez toujours participer à la collecte pour l’École du bois et me soutenir pour la Course des héros le 19 juin 🙂 http://www.alvarum.com/chriszeppenfeld)

Aujourd’hui je me pose une grande question. Qui se rendrait compte si un de nous disparaissait ? S’il disparaissait de Facebook ou même finalement s’il disparaissait tout court ?

Si vous souhaitez avoir des nouvelles, si vos amis vous manquent, si vous avez envie de partager réellement des moments de leur vie. Appelez les, passez les voir, écrivez leur une carte postale (les mails c’est aussi sympa mais rien ne vaut des mots écrits sur du papier). Rien n’égale un sourire, un regard ou un rire pour se sentir bien vivant.

Mes amis je vous aime. La vie va vite, charge à nous de ralentir pour apprécier les vrais bons petits moments qu’elle nous offre.

Le pouvoir de la vulnérabilité

« To love someone fiercely, to believe in something with your whole heart, to celebrate a fleeting moment in time, to fully engage in a life that doesn’t come with guarantees – these are risks that involve vulnerability and often pain. But, I’m learning that recognizing and leaning into the discomfort of vulnerability teaches us how to live with joy, gratitude and grace ». Brene Brown

Merci Misa d’avoir partagé cette phrase avec moi et de m’avoir conseillé la conférence TED que je vous conseille à mon tour. Cette femme est extraordinaire et explique avec humour ce que nous sommes nous les humains.

Breathing life

Le souffle est notre première lueur, le souffle est notre dernière étincelle.

Inspirer, expirer nous maintient en vie. Quoi que nous fassions le souffle est là, lorsqu’il nous abandonne c’est la mort.

Ici bas, nous devons composer avec notre patrimoine génétique, une apparence, un corps que nous n’avons pas choisi.

Au fil de la vie, nous grandissons, et petit à petit prenons conscience que ce corps qui nous a été offert n’est finalement qu’un véhicule qui nous déplacera de notre premier à notre dernier souffle. Combien de respirations seront effectuées dans cet intervalle incertain ?

Longtemps j’ai détesté être, ce que je pourrais nommer, prisonnière de mon corps. Je le percevais trop grand, trop lourd, trop rigide. Je l’ai boudé, maltraité, méprisé.

Il y a quelques mois, par hasard (s’il existe ?) je suis arrivée chez Misa pour participer à un atelier de Yoga nommé « Relax and Renew » que l’on pourrait traduire par détente et renouveau (du moins, c’est comme cela que moi j’ai perçu les choses !). Peut-être faut-il préciser que j’avais déjà tenté une première approche du Yoga il y a quelques années et, qu’après une petite dizaine de cours passés à essayer de singer de belles femmes souples, qui semblaient prendre tellement naturellement de magnifiques postures aux noms poétiques d’animaux magiques, je me sentais encore plus raide, plus lourde et plus encombrée par ce corps sur lequel, il me semblait totalement impossible d’avoir un quelconque contrôle.

En fait, je ne devais pas être prête à ce moment là, ou je n’étais peut-être pas non plus au bon endroit ?

L’atelier Relax and Renew fut comme une sorte de révélation, mais aussi un peu comme une réunification de beaucoup de choses que j’ai pu, durant ma courte vie, toucher du doigt sans en réaliser réellement le sens profond. Pour pratiquer le Yoga, il faut d’abord accepter ce que l’on est et aimer ce corps qui nous sert de véhicule tout au long de notre vie. L’aimer quel qu’il soit, le respecter et en prendre soin. Le yoga fait du bien.

Je ne suis, pour l’instant, qu’un petit bébé yogi, mais j’ai compris grâce à ces premiers ateliers (que j’attends chaque semaine, avec impatience), qu’au fond de moi résidait le secret de la puissance qui habite chaque individu.

Tout est souffle, tout est respiration, j’inspire, j’expire donc je vis.

Je respire, donc je suis, je respire comme je suis.

Les émotions, le sport, les relations avec les autres êtres, le sommeil, etc. tout est souffle.

Je tente de respirer en conscience au maximum dans mon quotidien. Le matin, au réveil, je prends le temps d’écouter mon souffle, je remercie la vie d’être là, je respire l’air de la pièce, le parfum et le souffle de l’homme qui partage parfois mes nuits, je respire son premier sourire, sa chaleur, son amour, le mien… Je m’étire et dis bonjour à ce corps qui va transporter mon âme au fil de la journée.

Lorsque je mange, me lave, cuisine, travaille, cours, me détends, lis, pilote ma moto, traverse Paris, ou simplement suis là ici maintenant, je tente d’aiguiser peu à peu la conscience de ce que je vis. Par exemple, ces larmes qui coulent lorsque mon adolescent de fils me pique en plein cœur, je les respire. Elles sont l’expression de la souffrance de ne pouvoir l’aider à soigner la sienne. J’identifie l’impuissance et je l’accepte. Lorsque je cours dans la forêt après la pluie, j’écoute mon souffle, il traduit l’état de mon corps. Un petit coup de fatigue, une bonne inspiration… Là, le chant d’un oiseau, que c’est beau… Que c’est bon cette odeur d’humus et de fleurs fraiches, j’expire et imagine que j’expulse mes mauvaises pensées et les doutes qui parfois assaillent mon esprit. Le souffle nourri mon corps, apaise mon âme. En conscience je tente de l’utiliser pour détendre ma nuque, mes épaules, tous mes muscles raidis au fil des ans parce que je n’étais pas encore consciente que l’air pouvait tout alléger.

Le secret c’est de lâcher prise et, pour cela, être au plus près de son souffle semble indispensable. Tout cela n’est pas magique et on ne change pas un demi-siècle de mauvaises habitudes en quelques semaines. En revanche, prendre conscience que tout est souffle, s’exercer à analyser, scanner nos respirations devrait nous mener vers de réels progrès.

Outre de belles rencontres avec de belles personnes, Relax and Renew est une sorte de rendez-vous de régénérescence de mon esprit et de mon corps. Travailler en harmonie, en sécurité avec ces autres êtres, se laisser guider (en français ou en anglais selon les participants) par la voix bienveillante de Misa est chaque semaine un vrai bonheur.

Il y a, parfois dans la vie, de petites choses qui génèrent en nous de grands changements. L’essentiel est ne ne pas les laisser passer. Respirons tout ce que la vie nous offre, même si parfois l’émotion est difficile, vivons la, inspirons, expirons, détendons notre corps pour écouter le message de notre esprit. Regardons le monde avec le miroir de notre âme, regardons nous sincèrement et crions « Merci la vie ».

Pantoum

Un Pantoum est un poème malais de vingt vers, dont plusieurs se répètent. Il aide à visualiser l’essence du moment et à cerner ce qui se trame au fond de nous. Une écriture méditative et amusante, qui traduit ce qui apparait à l’esprit spontanément.

Je me suis prêtée au jeu dans un TGV qui me ramenait vers Paris avec pour thème ce qui me (pré)occupe en ce moment ?

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Faut-il ouvrir un jour mon coeur à l’amour ?
Dans un train à grande vitesse,
Les paysages défilent sous mes yeux, champs, forêts, espaces de liberté,
L’amour, au fond de mon coeur blessé, timide n’ose pas s’épanouir.
Dans un train à grande vitesse,
La vie défile, rapide et trépidante,
L’amour, au fond de mon coeur blessé, timide, n’ose pas s’épanouir,
Souhaite éclore comme une fleur de lotus.
La vie défile, rapide et trépidante,
Là, maintenant, dans cet instant présent,
Souhaite éclore comme une fleur de lotus,
Prend racine dans la vase, traverse l’eau vers la lumière,
Là, maintenant, dans cet instant présent,
En paix, calme et sereine,
Prend racine dans la vase, traverse l’eau vers la lumière,
Après ce long et douloureux chemin, le soleil éclaire la vie,
En paix, calme et sereine,
Là, maintenant, dans cet instant présent,
Après ce long et douloureux chemin, le soleil éclaire ma vie,
Faut-il ouvrir un jour mon coeur à l’amour ?

03-2015

Apprivoiser l’absence

Il y a vingt cinq ans que mon ami Pierre est parti. Pendant ses neuf derniers mois, je l’ai presque quotidiennement accompagné sur cet ultime bout de son chemin de vie. Ce fut une des expériences les plus fortes et les plus enrichissantes de mon existence.

Vingt cinq ans durant lesquels j’ai appris à apprivoiser l’absence de cet être aimé.

Sa photo trône au dessus de mon bureau et, chaque jour, Pierre veille encore sur moi comme il l’a fait tant d’années avec son amitié, sa compréhension et sa bienveillance si précieuses.

Vingt cinq ans qu’il est parti et il me manque toujours.

Pourtant, lorsqu’il m’arrive de douter, de m’interroger, d’avoir besoin du conseil d’un ami, je pense à lui et me demande ce qu’il m’aurait posé comme question pour me faire avancer. Il avait ce don de ne jamais donner de réponses toutes faites mais de pousser l’autre à trouver ses propres réponses en lui posant les bonnes questions.

La veille de sa mort, nous avons eu un de ces moments très rares que la vie nous offre parfois comme des cadeaux. Cette soirée de mars 1991 reste gravée dans ma mémoire.

J’ai poussé la chaise roulante vers le bout du couloir d’hôpital, là où se trouvait le distributeur de boissons. Nous avons pris des chocolats chauds, j’étais assise sur un siège en plastique. Nous avons ri de ce chocolat qui avait plus un gout d’eau sucrée que de cacao. Il l’a bu avec plaisir. Cela faisait des jours que je n’avais pas vu Pierre autrement qu’allongé dans son lit. Aller au bout du couloir boire ce chocolat était une excellente surprise. Je me souviens de son visage. Il ressemblait à Gandhi avec ses petites lunettes rondes cerclées d’or devant ses yeux rieurs que j’adorais.

Nous sommes retournés dans sa chambre, je l’ai aidé à se coucher dans son lit. Un de ses pieds se gangrenait, l’odeur qui régnait dans cette chambre d’hôpital était celle de la viande en décomposition. Son pied pourrissait mais il s’avérait trop risqué et inutile de l’amputer. Le personnel soignant emballait soigneusement cette extrémité qui pourrissait un peu plus chaque jour.

Je me suis assise près de lui. Une belle lumière de fin d’après midi perçait par la fenêtre face à moi. Je lui ai pris la main et nous sommes restés un long moment silencieux dans cet éclairage naturel d’un moiré orangé. Je me souviens de cette main frêle, de ce poignet décharné, dont le contact était si particulier. Pierre m’a regardé derrière ses petites lunettes et m’a dit combien il appréciait ma présence dans ces moments difficiles, m’a remercié pour ces petites surprises que je lui rapportais à chacune de mes visites et pour ces gestes quotidiens pour lesquels je l’aidais parfois (se raser, faire pipi, manger, boire…). Je me souviens qu’à ce moment là, quelque chose de très fort s’est passé en moi et que je n’ai pas su l’exprimer. Je ne savais pas trop quoi répondre car, ces mots très profonds, m’ont touchés en plein cœur. Ce fut des mots bruts prononcés d’une voix douce, d’une sérénité et d’une sincérité sans artifices. Je n’ai été capable que de répondre des banalités du style « c’est normal », « ça ne me dérange pas », « ne t’inquiètes pas, tu vas guérir vite »… Le silence aurait été plus puissant, il s’est installé très vite dans la pénombre de la chambre.

Pierre s’est endormi, ma main dans la sienne et, je ne sais pas combien de temps ce moment a duré, le temps semblait suspendu dans cette lumière irréelle. Je lui ai retiré ses lunettes et il a souri. Ce fut d’inoubliables instants de vie et j’aurais aimé, à ce moment là, lui dire combien je l’aimais et combien il comptait pour moi. J’en ai été incapable, par pudeur, réserve, ou je ne sais quoi. Dire à un ami « je t’aime » ne me semblait pas « conventionnel » et, même si je l’ai ressenti très fort, je me suis tue.

Je suis restée dans la nuit jusqu’à l’heure de fin des visites. J’ai embrassé Pierre sur le front et lui ai dit à la semaine prochaine car je devais partir pour quelques jours à la montagne le soir même.

Quarante huit heures après, le téléphone a sonné pour m’annoncer que Pierre était décédé.

Il m’a fallu apprendre, devant l’inexorable caractère de la mort, à apprivoiser l’absence.

Vingt cinq ans se sont écoulés, l’expérience m’a fait rencontrer d’autres absences à apprivoiser.

Au fil du temps, j’ai compris que la vie n’était qu’une succession de deuils, ce qui existe peut, à tout moment, disparaitre. Lorsque j’avais vingt cinq ans, il y a vingt cinq ans, je n’en étais pas consciente. La mort de Pierre fut une des premières grande leçon de mon existence. Vivre l’instant présent pour ce qu’il est, seule avec soi-même, accompagnée de ceux avec qui nous le partageons, séparés de ceux que nous aimons… Vivre et aimer. Ces deux verbes ne se conjuguent qu’au présent. Vivez, aimez parce que cet instant là est unique.

Chaque jour, cette photo d’un jour merveilleux à l’Ile de Bréhat me rappelle que j’ai grandi parce que j’ai cette chance d’être en vie et de pouvoir conjuguer au présent je suis en vie et j’aime la vie.