Après l’automne l’hiver, après la vie, la mort…

1F657ED5-136A-4C4F-BED0-EC8536E34678La vie nous offre sans cesse des leçons merveilleuses. La mort s’avère, avec notre naissance, la seule certitude offerte à chacun d’entre nous. Elle peut frapper à tout moment, happant le passant au détour d’une promenade ou le dormeur en plein rêve. Rien de ce qui va nous arriver n’est connu à l’avance et pourtant la mort, notre mort représente une certitude de la vie, de notre vie.

En juin dernier le cancer a emporté mon amie Myriam. L’avoir veillé pendant ses dernières nuits jusqu’à son passage dans l’autre monde fut une très belle et forte expérience. Être présente lorsque son esprit s’est élevé vers les cieux et a donné la force à son corps épuisé de se relever en accueillant la lumière dans ses bras. Magnifique moment qui termina l’horreur de cette fin de vie rongée par la maladie.

La mort est magique car elle dégage l’humain de tout. Le corps reste là, abimé, détruit par la maladie mais l’esprit s’envole pour d’autres aventures. Il se libère, il nous libère !

Ces derniers jours, c’est ma mère que j’accompagne. Ironie du sort, c’est la même maladie que celle de Myriam qui la dévore. Ses forces diminuent à chaque instant, son corps n’est plus qu’un amas de chair inutile à tout mouvement, à toute volonté. Les besoins vitaux sont assurés artificiellement, le traitement palliatif soulage les douleurs qui, sans lui, seraient probablement atroces et insupportables.

Les nuits sont rythmées par le « bip » de la perfusion électronique qui assure l’hydratation et la précieuse morphine qui soulage et endort peu à peu ce corps meurtri.

La nuit dans un fauteuil, dans un hôpital, près de ma mère en fin de vie, je n’ai rien à faire d’autre que d’être là, présente, à attendre que les fonctions vitales s’arrêtent et de veiller que la souffrance soit supportable lorsque la douleur parfois se réveille.

Ma modeste pratique de la méditation m’a habituée à laisser filer les images, les émotions qui circulent dans mon esprit. La mort de notre mère renvoie directement à l’inexorable mais aussi à qui nous sommes donc aussi à notre propre mort.

Notre mère est notre plus ancien compagnon puisqu’elle nous a mis au monde après nous avoir porté, elle nous a nourri, éduqué, élevé, elle nous a soigné, a séché nos larmes, consolé nos chagrins, partagé avec nous presque tout ce qui compose notre vie. Maintenant, elle est là sans forces, nous son enfant devenu adulte prenons soin d’elle pour qu’elle puisse partir dans les meilleures conditions possibles.

Je n’ai pas peur, je sais que tout comme l’hiver succède à l’automne, la mort arrive à la fin de la vie. Tout cela continuera après notre propre mort. Quoi qu’il arrive, c’est ainsi.

La nuit lorsque je reste éveillée près du corps de ma mère endormie grace à de puissants sédatifs, le film de ma vie, de multiples moments partagés, des pensées, des sensations traversent mon esprit. Le calme ponctué de bruits inhérents à l’endroit, la position inconfortable sur le fauteuil rappellent sans cesse ce qui se joue ici dans cette chambre.

Finalement la mort replace l’individu dans son contexte. Seules les vraies personnes, celles qui ont un amour pur sont présentes, pas forcément physiquement, mais physiologiquement pour nous accompagner. Les levers et les couchers de soleil prennent un sens nouveau dans la conscience de devoir y renoncer aussi un jour…

Je m’interroge, quelles seraient, in fine, les personnes que j’aimerais avoir près de moi, si, un jour, je me retrouvais dans une situation similaire ? Serais-je en mesure d’avoir pardonné à tous ceux qui m’ont blessée ? Et ceux que j’ai blessé m’auront-ils pardonnée ? Partirais-je dans cette sérénité que je rêve d’atteindre ?

Ce que je sais, c’est que j’aimerai trouver cette paix intérieure, cet amour universel, auxquels j’aspire depuis des années et qui, dans les blessures de la vie, ne sont pas toujours d’une belle évidence.

Lorsque la lumière m’appellera, je voudrai être prête à l’accueillir pour rejoindre ce pays pur.

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Putting my Life in boxes

« Je suis convaincu que, si nous voulons résister à la pression mortelle de la société de masse et lui faire contrepoids, notre œuvre doit être imprégnée de notre personnalité.D’une façon générale, le choix d’un travail ne devrait pas être dû à la commodité, au hasard, à l’opportunité, mais résulter de la conception que nous avons de notre épanouissement individuel dans le monde actuel, afin que le produit de notre activité, tout en étant objectivement utile, exprime également notre idéal personnel. »

Bruno Bettelheim, le cœur conscient, livre de poche 1er trim 1077, p.28

Citation oubliée puis retrouvée ce matin, dans « carnet de citations », au fond d’un tiroir…
C’est drôle, lorsque l’on met sa vie en cartons, de retomber sur de vieux cahiers, sur de petits objets oubliés et pourtant tellement chargés d’une certaine histoire qui nous revient en mémoire à leur simple vue.  

Mettre sa vie en cartons c’est aussi mettre de l’ordre dans ses souvenirs, dans ses désirs, dans ses relations. 

Une photo, un bibelot, une carte postale, dont nous avions oublié l’existence réapparaît, et avec, c’est un bond de trente, de vingt, de dix ans en arrière. 
« Elle, n’est plus là ! » « Tiens, qu’est-il devenu ? » « C’était sympa ces vacances ! », « whouah nous étions jeunes ? », « il était trop mignon petit ! » Etc.
Cette plongée au cœur des souvenirs interpelle, réveille des émotions, des sensations. Elle nous rappelle que nous sommes vivants, construits par une somme de sentiments, d’événements… Elle questionne : »au fond, que faut-il garder ? Que faudrait-il jeter ? Pourquoi ? »  

Faut-il avoir peur d’oublier ? Que faut-il oublier ? 

Faut-il conserver ? Que faut-il conserver ? Et pourquoi conserver ? 

Est-il bon de réactiver les souvenirs ? Eux qui appartiennent au passé, notre passé, celui auquel nous ne pourrons rien changer quoi qu’il arrive… 

Ce regard si vivant sur les photos de nos morts… L’enfant devenu grand, l’être aimé perdu de vue, les fêtes, les spectacles, les écrits… 

Tous ces kilos de papier ! Des kilos entiers mis en cartons au rayon des souvenirs !

Que faut-il garder ?

Une vraie question que ce poids du passé. Notre mémoire, est-elle dépendante des objets qui nous entourent ? 

Peut-être effectivement en partie oui. Les objets réactivent la pensée de moments parfois oubliés. 

Cette plongée dans mon passé, le choix de garder, le choix de donner, le choix de jeter, me donne le choix de mon avenir.
Quoi qu’il arrive nous irons tous au même endroit, celui là même où nous n’aurons plus besoin de rien que de notre paix intérieure. 

En attendant, ici bas nous cherchons tous Le bonheur. Pas le bonheur furtif de posséder des objets, mais le bonheur profond d’être en paix avec nous même, et donc avec les autres. 

En mettant ma vie en carton, je fais le choix de ne garder que les souvenirs des jours heureux. Je jette la souffrance au feu. Son expérience a contribué à créer qui je suis aujourd’hui. En revanche, les plaies refermées n’aiment pas être réouvertes ! J’aime les cicatrices de mon cœur parce qu’elles m’ont probablement rendue meilleure. 
Une vie, ma vie, est enfermée dans une cinquantaine de cartons. 

C’est drôle, un carton par an ! Plus une quinzaine pour mon fils de 17 ans, (mais il n’a pas terminé d’emballer !)

Et si, demain il y avait le feu dans mon garage ? 

Il ne resterait probablement des souvenirs tangibles de ma vie qu’un tas de cendres ! 
L’être que je suis devenu aujourd’hui, grâce à ce temps qui m’a forgé, grace à ces expériences qui m’ont sculptée, continuera d’exister et d’évoluer. 

Il remplira peut-être de nouveaux cartons de sa vie future qui deviendra passée… 

Cependant, au présent, il importe de ranger, trier, nettoyer pour, dans quelques semaines commencer à écrire sur une nouvelle page blanche.

La Traversée de la nuit

Lorsqu’il y a quelques années nous avons monté ce spectacle avec mon complice de scène Alain Bonardi, ce fut une aventure extraordinaire.

Le parti pris de mise en scène était d’interpréter la mémoire du personnage, qui avait raconté 40 ans plus tard son expérience de déportation, avec un système scénique capable d’apprendre et de restituer les émotions de la comédienne  générées au travers de sa voix.

J’ai toujours été fascinée par cette femme exceptionnelle qu’était Geneviève De Gaulle Anthonioz. La résistance, la déportation, ATD quart monde, ses interventions brillantes devant les injustices de la vie, sa classe, son engagement, un magnifique être humain altruiste et résilient. Un modèle pour nous tous.

Les moyens technologiques de l’époque nous avaient permis d’obtenir un magnifique objet scénique qui, malgré le peu de représentations, nous avait récompensé par de véritables moments forts dans l’aboutissement du travail collectif de cette équipe fabuleuse réunie.

Je me souviens de cette représentation scolaire où des jeunes de lycées des alentours ont assisté au spectacle qui était suivi d’un débat avec des anciens déportés. Un échange riche et chargé de beaucoup de belles choses. Un moment hors du temps où nous pouvons nous dire : « whouah, c’est pour cela que nous faisons notre métier! »

Jacqueline d’Alincourt, qui était la sœur de captivité de Geneviève De Gaulle à Ravensbruck, après la représentation, nous avait serré dans ses bras nous félicitant, les larmes aux yeux, d’avoir fait ce travail de mémoire et d’avoir représenté ce texte magnifique de son amie assez récemment disparue.

Ce spectacle m’a transporté dans des niveaux émotionnels rares et, chaque fois que j’en parle, je ressens la force de ce texte comme un véritable sens de ma vie en tant qu’artiste.

Oui, le sens de ma vie est là, exprimer sur une scène ce que l’Homme a de pire comme de meilleur et de le partager avec d’autres humains. Peut-être suis-je investie d’une mission ? En tout cas, là où je suis je ne me sens pas à ma place. Le monde devient fou et l’actualité fait de plus en plus écho à cette histoire encore trop proche dont chacun de nous est empreint.

Ces derniers temps, ma vie est teintée par une forme de violence récurrente qui me devient de plus en plus insupportable tant au niveau physique que psychologique. Le quotidien pathétique fait écho à bien des choses et je réalise que mon mal être et une de mes plus plus grande frustration trouvent une source dans le fait de ne plus pouvoir exprimer mes convictions profondes en les offrant à autrui sous forme d’art.

Cette sensation de mourir à petit feu un peu plus chaque jour, de subir la violence de ce monde sans pouvoir crier que la paix, la non violence, le pardon, l’altruisme, et l’Amour sont les chemins des Humains que les artistes doivent promouvoir, dénonçant les injustices et les aberrations de cette société mutante. Si nous nous taisons tous le monde deviendra bientôt muet.

Être en dehors de cette réelle expression de la vie me pèse de plus en plus car, le temps, la place, les moyens me manquent. Peut-être que cela s’avère un faux prétexte et qu’aujourd’hui je souhaite essayer de retrouver les autres, les humains, les vrais au travers de mon art pour vivre pleinement.

« La dimension du temps sculpte les souvenirs et les restitue lorsque la résilience atteint son paroxysme, que l’être humain se sent prêt de transmettre à ses semblables ce qui lui reste d’un traumatisme.  » ai-je écrit dans mes notes de mise en scène.

Peut-être ne suis-je pas prête à me laisser mourir de me taire et de subir en silence la violence de ce monde auquel il me semble ne plus vraiment appartenir ?

Nous avons les principales ressources nécessaires pour démarrer un nouveau et beau projet : l’envie, l’enthousiasme et quelques personnes motivées pour participer à ce nouveau spectacle intermédia, interactif avec un nouveau collectif d’artistes qui œuvrent ensemble dans ce même sens de l’art comme une nécessité. Ne sommes-nous pas une sorte d’ouvriers de la paix et de la non violence qui dénoncent l’horreur et l’injustice de croyances qui disséminent l’espèce humaine, ses ressources, son monde etc ?

Les nouveaux médias, les nouvelles technologies présentent d’extraordinaires opportunités de rencontres, d’échanges et de ressources. Peut-être certains d’entre vous se sentent ils aussi dans une motivation similaire ? Peut-être des idées novatrices emmergeantes, des collaborations internationales, des opportunités collaboratives que vous avez envie de partager vous traversent l’esprit ? Faites le nous savoir, toute idée, collaboration dans cet esprit collectif au service de ce magnifique texte de Geneviève De Gaulle Anthonioz, La Traversée de la nuit seront les bienvenues.

Références : http://www.alainbonardi.net/

http://www.babelio.com/livres/Gaulle-Anthonioz-La-traversee-de-la-nuit/12381